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X-WOMAN - 100 jours

Voilà cent jours écoulés depuis mon coming-out professionnel le 27 mai dernier et donc de ma vie féminine quotidienne et constante !

Je suis en pleine préparation de mon dossier de changement d’état civil (CEC) que j’espère déposer début octobre.

Je viens de solliciter famille, ami-e-s, collègues, partenaires, … pour des attestations qui “certifient que vous me connaissez en tant que femme, que vous avez constaté ma détermination et que je suis parfaitement épanouie et intégrée en tant que telle ” avec des “éléments concrets de la reconnaissance sociale de mon genre revendiqué et de l’usage constant de mon prénom Julie” …

Un point important et un peu déstabilisant est à noter : juridiquement, le tribunal considère que ma transition est terminée puisque je vis dorénavant dans mon genre revendiqué et que ma demande est rendue nécessaire par les difficultés que je rencontre dans ma vie sociale du fait de mauvais papiers … alors qu’en tant que personne Trans je considère que ma transition sera achevée lorsque j’aurais les bons papiers …

Je dois donc démontrer (mails, correspondances, documents, …) que je subis des contraintes au quotidien et qu’il y a urgence à me fournir de nouveaux papiers …

Julie

X-WOMAN à Matala

Une belle journée crétoise à Matala.

Du shopping (boucles d’oreilles et robe), de l’écriture, des baignades, du café frappé, des sardines grillées, des discussions avec mon amour, des photos, du bronzage, pas grand monde, un accueil exceptionnel.

Si ce n’est pas le paradis, ça y ressemble étrangement <3.

Une vue incomparable et une lumière magnifique que j’ai du saisir en quelques secondes.

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Extrait de l’écriture réalisée sur la plage de Matala (premier jet à travailler bien sur !) :

Sélène était une belle et grande femme élancée au visage d’une blancheur étincelante. Elle avait donné improbable naissance à un enfant androgyne qu’elle chérissait plus que tous parmi tous ses innombrables enfants.

C’était un très bel enfant plein de charme de grâce et de délicatesse, un visage opalin rehaussé par deux grands yeux noirs affutés comme des diamants. Ce jeune enfant s’appelait Yena.

Notre déesse, bonne parmi les mères, attentive et prévenante, passait beaucoup de temps avec son enfant pour lui enseigner tous les secrets de notre monde. Elle lui parlait d’honneur et de sagesse, de richesse matérielle et spirituelle. La vie suivait son cours.

Au même moment, depuis les profondeurs de son antre mortifère, déchue de toute maternité, Mère Nuit observait Sélène et son enfant. Elle avait remarqué l’incomparable puissance androgyne de Yena et elle espérait secrètement en faire une maitresse en sorcellerie.

Elle conçut pour cela un machiavélique stratagème.

Un lieu magnifique et sources d’inspirations pour mon œil et pour ma plume.

Julie, luna girl

X-WOMAN - Traces numériques

En début de semaine, premier rendez-vous dans le cadre de mon changement définitif d’état civil (CEC) avec une avocat spécialiste.

Mon dossier se présente bien, à la fois par la nature des pièces que je devrais être capable de fournir mais aussi par rapport à l’état d’esprit de la juge du TGI dont je dépends (Nanterre).

Prochaines étapes : préparer l’ensemble des pièces y compris quelques certificats médicaux pour un dépôt de requête tout début octobre au plus tard.

Plus compliqué, le fait de pouvoir gérer la présence numérique de mon ancienne identité.

Je dis bien gérer car il est totalement illusoire de faire complétement disparaitre son ancienne identité du net (et d’ailleurs).

Je vous donne un exemple : en tant que mandataire sociale, mon ancienne identité est présente dans le BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales) : nominations, dépôts de comptes, …

J’ai aussi des traces à l’INPI (quelques marques et quatre brevets), au JO (Journal Officiel), au BALO (Bulletin des Annonces Légales Obligatoires), à l’OTC-Nasdaq, … fort heureusement ces sites ne sont pas indexés par les Google et cie.

Ce mois d’août je me suis donc plutôt focalisée sur la suppression d’occurrences gênantes de mon ancienne identité. Celles que Google met en premières pages des résultats de recherche lorsqu’un internaute cherche des informations de base sur une de mes sociétés …

Un cauchemar, j’ai eu droit à :

- des sites avec des vieilles informations incrustées (le contenu est toujours en ligne mais le site est laissé à l’abandon),

- des sites qui vous considèrent comme famous (Techcrunch, …),

- des sites qui recopient des informations (Yasni, 123People, …) mais qui ne se mettent pas à jour,

- des sites qui volent et exposent des informations privées normalement non indexées par Google,

- des sites qui font du scam (supprime des informations privées volées contre de l’argent … CottusInfo par exemple),

- des sites en japonais, chinois, coréen, …, incompréhensibles pour trouver un formulaire de contacts,

- des sites alimentés par des informations collectées par des organismes privés faisant travailler des sourceurs en inde,

- des sites où j’ai moi-même publié mais dont je n’ai plus ni l’identifiant ni le mot de passe,

- …

Je peux vous assurer que cela vous apprends la patience pour ne pas péter un câble :) !

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Une selfie après une après-midi passée à supprimer des traces de mon moi numérique …

Bon an mal an je suis arrivée à faire supprimer ou modifier plus de 700 références (avec beaucoup de doublons heureusement) sur les 980 que j’ai repéré et que je souhaite supprimer/modifier : propriété de noms de domaines, articles et communiqués de presse, profils sociaux, profils des sociétés, annuaires, …

Il est à noter que les sites américains sont assez promptes à supprimer vos références dès que vous mentionnez “vie privée” …

Sauf Bloomberg qui est parti dans un délire - toujours en cours - avec Standard & Poor’s (sourceur officiel). Les données initiales avaient été fournies par mes soins en 2009, à la demande de Standard & Poor’s, et maintenant ils ont des états d’âmes pour les modifier parce qu’ils leur eu fallut des données publiques …

Sur les références françaises, j’ai eu plus de discussions notamment avec certains gros médias français de la presse économique/informatique pour qui mon cas était une première.

Ils ne voulaient pas toucher aux articles dans leur fond d’archives (porte ouverte à toutes les demandes, censures, …) mais étaient sensibles à ma situation spécifique.

Dans les quatre cas où j’ai du argumenter, nous avons finit par trouver des compromis comme modifier l’article avec mon nouveau prénom :) ou supprimer ma citation tout en gardant l’article !

Je dois remercier mes interlocuteurs qui à chaque fois sont restés très professionnels et ont vraiment cherché une solution permettant de résoudre mon problème de vie privée tout en respectant les contraintes journalistiques.

Dans les points remarquables aussi : à aucun moment je n’ai eu à fournir des preuves matérielles de ma nouvelle identité …

Julie, Press Releaser

Contes Transfigurés

Je voudrais vous donner un avant gout de mon nouveau projet …

Nous sommes tous des enfants perdus dans une forêt maléfique, écoutant le bruissement du vent dans les branches en rêvant d’être heureux.

ou encore

Les convives attablés n’étaient pas des inconnus pour l’enfant.

La petite fille à la robe bleue et aux grandes bottes rouges mangeait une gigantesque tartine briochée de chocolat de poudre noire.

La petite sorcière boulotte et rieuse se lustrait une verrue sur le nez.

La déesse Mère-Nuit râlait « vous pourriez claquer cette porte ! » en aspirant un liquide graisseux d’un grand bol terreux.

Yel s’assit en face de la petite fille et commença à gouter la soupe chaude et réconfortante que la boulotte venait de pousser dans sa direction.

ou encore

Yel allait l’interroger sur le pourquoi de son ressenti intime lorsque le Mana s’agita à nouveau et elle sentit son cœur s’emballer.

La Mère-Nuit lui conta alors la légende de Perséphone et de la naissance des quatre saisons de notre monde.

Yel voulait en savoir plus et posa de nouvelles questions à la déesse noire. Sur le cycle de la vie et sur son soi véritable.

« Il te faut apprendre la patience ma fille, car en savoir trop peut te faire vieillir prématurément ». La nuit tombait à nouveau.

Alors, avez-vous deviné quel est ce nouveau projet ?

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Je viens de réaliser un premier essai de trois mille cinq cent mots que trois personnes très proches de moi ont pu apprécier en avant première.

Les deux premiers retours sont très bon et j’ai décidé de pousser cette exercice beaucoup plus loin, pour trois raisons importantes.

D’abord, avec mon questionnement et mon début de parcours, j’ai découvert le plaisir d’écrire que j’ai pratiqué quotidiennement pendant un peu plus de deux ans sur un site transidentitaire que j’ai cofondé.

En accumulant ces heures de pratiques, j’ai développé une facilité et un style et je ne veux pas laisser cette mécanique se rouiller maintenant que je me suis éloignée de cet environnement.

Et puis, j’ai toujours beaucoup de choses à raconter voir à exorciser pour m’accompagner sur le chemin que j’emprunte dorénavant au féminin. J’ai besoin d’écrire, c’est devenu quasi viscéral.

Enfin ce premier galop d’essai, réalisé en quelques jours pendant mes vacances arcachonaises, m’a agréablement surpris car j’ai vraisemblablement adopté un nouveau style d’écriture qu’une chère amie a qualifié très justement de “moins combatif” et “plus serein”.

Mon ange a elle aussi été immédiatement conquise. Elle a trouvé mon style pertinent, percutant et bien construit. Il reflèterait ce que j’ai dans ma tête et dans mon cœur.

Ce nouveau style me plait énormément même si j’ai conscience que j’ai encore beaucoup de travail et de lectures pour le fluidifier et le rendre plus authentique.

Ce projet va me permettre d’aborder aussi des sujets qui me tiennent particulièrement à cœur : épanouir son soi véritable, apprendre à lâcher prise, lutter contre les injustices et les discriminations, écouter et nourrir son intuition, développer et enrichir sa féminité, déconstruire les stéréotypes, …

Des sujets que j’ai déjà traité longuement dans le cadre que je trouve dorénavant trop restreint de la transidentité. Des sujets que je souhaite revisiter plus largement au travers de cette approche.

Je n’ai pas encore décidé de la forme définitive de cet ouvrage (livret, livre illustré, publication sur un site, …) car pour l’instant, je préfère me concentrer sur les histoires elles-mêmes.

Possible aussi que je vous fasse profiter, de temps à autre, de quelques extraits de l’écriture en cours. Mais je ne vous promet rien :).

Julie, apprentie conteuse

Anonyme

Anonyme a demandé:

Bonjour Mme Mazens, je suis étudiante en école de commerce et je rédige actuellement mon mémoire de fin d'études sur le sujet des personnes trans dans le monde professionnel. Je le fais en m'appuyant sur des témoignages et une personne m'a justement parlé de vous récemment. Seriez-vous d'accord pour répondre à un rapide questionnaire par écrit sur vos expériences professionnelles? Merci!

Vous pouvez me contacter en privée (julie@txy.fr).

X-WOMAN - Déconstruisons !

Dans mon billet précédent, introduction à mon nouveau programme de vie pour les prochains mois, j’ai fait référence à la déconstruction.

Je voudrais préciser ce que j’entends par déconstruire.

D’abord, c’est un terme que j’ai croisé pour la première fois fin 2012 au contact de Françoise, coach et animatrice d’ateliers autour des pratiques narratives.

Dans le cadre de ces pratiques, la déconstruction consiste à aider des personnes (le plus souvent faisant partie d’une communauté discriminée) à démonter une histoire d’échec et à élaborer une histoire personnelle préférée, à prendre conscience qu’elles peuvent être acteurs de leur vie tout en respectant leurs espoirs différents, à prendre conscience de la pensée dominante et à faire place à une possible pensée minoritaire.

Pour ceux qui veulent creuser ce sujet, c’est du côté de Jacques Derrida et de Michel Foucault que vous trouverez des références au processus de déconstruction.

Je me suis donc appropriée ce terme dans le cadre de ma transition (^).

Car je considère que je suis immergée depuis ma naissance dans un cadre normatif pesant, porté par un discours dominant, celui de l’hétéro-patriarcat, de notre société binaire, pensée unique.

Et en tant que femme trans, je suis dans une communauté ultra-minoritaire et discriminée.

Dans une société plus tolérante, j’aurais certainement été une personne « Two Spirit », une personne qui s’identifie comme étant une combinaison des deux genres principaux, se sentant parfois masculin parfois féminin (peut-être, en partie, selon une apparence choisie à un instant donné, suivant un contexte social, …).

Mais voilà, nous sommes dans une société binaire où il est quasiment impossible pour une personne de vivre au quotidien entre deux genres. Il suffit de voir la polémique sur la théorie du genre …

C’est donc en mon âme et conscience que, sans renier l’homme que j’ai été depuis ma naissance, j’ai pris la décision de laisser vivre la femme qui est en moi, à plein temps.

Dans cette société binaire, je passe donc de l’un à l’autre, sans ambiguïté. J’ai eu 40 ans de vie en mec, j’espère avoir 40 ans de vie en nana.

Cela demande donc de déconstruire toute mon éducation précédente et de me reconstruire principalement dans ma dimension féminine.

Par déconstruire, j’entends le fait d’analyser, de décortiquer tout mon acquis (éducation, formations, …) pour en extraire les généralisations, les simplifications ou les systématisations abusives.

Partir à la chasse aux stéréotypes, aux mécanismes patriarcaux et misogynes implantés en moi depuis mon enfance.

Les prendre tous un à un et leur tordre le cou.

Déconstruire c’est trier et éliminer des caractéristiques masculines que je trouve malsaines et toxiques pour mon épanouissement.

Mais la déconstruction n’a de sens que dans un processus de construction. D’acquisition de nouveaux points de repères.

Je souhaite écouter et nourrir mon intuition, développer ma sensibilité aux êtres et aux choses, maitriser mon sentiment de révolte permanent contre les injustices, enrichir mon féminisme sans tomber dans de nouveaux stéréotypes, etc.

C’est une des deux composantes que je me suis donnée dans mon programme d’épanouissement xwoman (l’autre composante étant plus “technique”, à savoir l’acquisition d’une identité officiellement féminine).

En espérant avoir clarifié l’usage que je fais du concept de déconstruction.

— Julie, Demolition Woman

(^) : je n’ai néanmoins pas l’ambition de déconstruire le genre, je laisse cela à d’autres ! j’ai déjà bien à faire avec ma propre identité intime.

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