Il ne doit plus vous échapper qu’il y a un fort mouvement en cours de convergence pour redessiner l’Internet. Ce mouvement transforme et réunie deux des plus importantes et impactantes tendances du moment : le téléphone mobile, relancé dans le segment smartphone par l’arrivée de la génération iPhone – riche en puissance de calcul et de fonctionnalités – et le « web 2.0 ». Prises individuellement, ces deux tendances sont déjà bien engagées. Combinées et se renforçant mutuellement, elles sont sur le point d’ouvrir de nombreuses nouvelles opportunités de business.

L’expression « web 2.0 » recouvre différents concepts pour différentes personnes, l’idée principale étant plutôt « marketing » en mettant en comparaison les caractéristiques techniques actuelles des sites et services web à succès avec celles du début de l’Internet grand public avant l’éclatement de la bulle : « web 1.0 » était principalement de l’information en lecture seule (comme les livres d’une bibliothèque) tandis que le « web 2.0 » se présente plutôt comme une conversion ; le réseau lui-même a de l’intelligence et n’est plus seulement un pauvre tuyau de données pré-disponibles.

La principale caractéristique du « web 1.0 » a été la distribution d’informations depuis quelques sites privilégiés, à travers un réseau mondial, à un nombre sans cesse croissant de consommateurs de ces informations. Par la suite, le « web 2.0 » a abaissé la barrière à la publication de contenus par les consommateurs eux-mêmes. Il a non seulement simplifié la création et le partage de l’information, mais il a permit aussi l’apparition de nouveaux services, basés sur des modèles de programmation plus légers (cf notion de « client léger ») et sur des processus collaboratifs (cf notion de « réseau social »).

Vous pourriez chipoter sur cette analyse, et à juste titre, en me faisant remarquer que pour les premiers concepteurs et architectes de l’Internet, il a toujours été dans leurs intentions d’accueillir des processus collaboratifs et de l’innovation apportée par les utilisateurs eux-mêmes au sein du Web. Les premiers succès de l’Internet, comme les groupes de discussions (cf Newsgroup) impliquaient de grandes quantités de conversations, souvent très animées ; les technologies derrières le Web 2.0 ont un long héritage.

Mais, vous pouvez certainement convenir que la taille du Web continue de s’étendre rapidement avec comme effet de bord de cette croissance le fait que les nouvelles innovations s’appuient sur les innovations précédentes. Avec dans le monde plus d’un milliard d’individus qui se connectent régulièrement dans ce système émergeant, les meilleurs programmeurs s’appuient sur les développements d’autres programmeurs largement disponibles (cf la notion de « mesh » : agrégation de services web pour proposer un nouveau service web). Le résultat est que ces idéaux du web collaboratif avec son intelligence collective touchent un nombre toujours plus grand de personnes : YouTube pour poster et visualiser des vidéos, Flickr pour poster et visualiser des photos, MySpace pour faire du réseautage social, etc. Ainsi, selon une étude que vient de publier Morgan Stanley, le temps passé sur les réseaux sociaux rattrape le temps passé sur les messageries instantanées ou non, après seulement 3 ans d’existence.

Notons également la croissance spectaculaire de la blogosphère[1], qui double de taille à peu près tous les 6 mois depuis 3 ans. Sur tous les sites Web 2.0, les notes des utilisateurs et autres systèmes de réputation jouent un rôle central : le choix de ce qui retient l’attention du public est essentiellement réalisé par les participants eux-mêmes et non pas par des modérateurs.

Avec cet univers de réseau en ligne qui gagne constamment de l’importance, il n’est pas étonnant que les individus et les entreprises cherchent des moyens pour le rendre toujours plus disponible et facile d’accès. Ainsi, ce sont trois facteurs en particulier qui poussent à l’accès du mobile à cet univers :

- Une réelle intensification de la concurrence dans l’industrie du Web 2.0, qui nécessite de nouveaux canaux pour atteindre un maximum d’utilisateurs, aussi bien en temps d’utilisation des services qu’en génération de revenues.

- Une forte croissance des téléphones mobiles de type PDA ou iPhone, qui approche les 100 millions d’utilisateurs et qui pourrait atteindre le milliard à la fin de cette décennie (si l’on estime que les fonctions des actuels smartphone font se démocratiser rapidement dans les features phones).

- Un écosystème d’entreprises autour des smartphones intelligents qui est actif et plutôt affamé ; et donc désireux de déployer ses compétences sur la toile.

Cet accès mobile au Web 2.0 fait régulièrement de grandes avancées : réseaux sans fils toujours plus rapide, amélioration des technologies d’affichage, amélioration de l’ergonomie de l’interface utilisateur, du clavier, des systèmes de reconnaissance de l’écriture et de la voix, etc.

Les forfaits de facturation des données (i.e. « flat rate ») sont introduits par certains opérateurs et sont considérés par les autres, ce qui devrait supprimer la crainte de l’utilisateur d’avoir une facture démentielle à cause d’un usage excessif du réseau.

Sans oublier les systèmes logiciels intelligents qui permettent de formater et d’afficher dans le flux des pages Web désignée originellement pour de larges écrans de PC.

Tout comme pour les améliorations sur le Web lui-même et en l’absence de pénurie des entrepreneurs prêts à relever ces défis, ces améliorations pour l’accès au web mobile, construites étapes par étapes chaque année, jettent les bases des innovations des années suivantes.

Aussi, je pense que ce que nous avons vu jusqu’à présent sur ce sujet ne donne qu’une faible indication de ce qu’il est encore à venir. La convergence des technologies Web 2.0 avec celles de l’industrie des téléphones mobiles commence à peine.

A mon sens, il y a cinq axes majeurs qui sont mis en avant aujourd’hui et qui vont débloquer ce plein potentiel d’opportunités :

- La poursuite des efforts pour gagner en efficacité et en performance sur les terminaux mobiles, tout en assurant leur légèreté, leur portabilité et leur autonomie : les « features phones » à 100 € démocratisent les fonctions des smartphones

- Un effort tout aussi important pour assurer la facilité d’usage mais tout en restant fiable – mécanismes de sécurités – pour que les utilisateurs n’aient rien à craindre de leurs connexions au réseau Web 2.0

- Un effort continue pour améliorer l’expérience utilisateur en reconnaissant la diversité des individualités et en évitant l’approche du vêtement à la taille unique (i.e. « one size fits all »)

- Un effort tout aussi important pour améliorer l’expérience du développeur d’application, en appliquant les principes du Web 2.0 notamment sur les modèles de programmation dit « légers », en incluant les langages à script modernes et en optimisant fortement pour les contraintes du logiciel embarqué (cf widgets)

- Et enfin, l’utilisation poussée des aspects propres aux téléphones. Les mobiles ne devraient pas être considérés comme des versions appauvries ou diminuée des versions de PC.

Car contrairement aux PC, les téléphones mobiles sont toujours à portée de main, prêt à enregistrer une idée ou une inspiration soudaine, sans qu’il soit nécessaire de localiser un PC, d’attendre son démarrage et de lancer l’application adéquate.

Ils intègrent aussi une caméra – idéal pour prendre des photos afin d’embellir votre blog – et peuvent alors tagger les images avec des mots-clés, de l’horodatage ou de la géo-localisation. Il est alors possible d’y associer des services géo-localisés (LBS, Location Based Services).

Enfin, ces mobiles prennent en compte la personnalité et les besoins de l’utilisateur en proposant des collections uniques d’applications telles que les widgets. Et il est alors possible d’y intégrer de la publicité dans le fond, en relation avec l’application en cours d’utilisateur (par exemple, une publicité pour des vacances en Tunisie dans l’application de météo). Des business comme Mobiles’Republic vont se déployer fortement.

Pour conclure cet article, je vais tenter deux prévisions pour les trois prochaines années !

En premier, que la plupart des sites Web 2.0 actuels sont voués à l’échec sur les téléphones mobiles – jusqu’à ce que les principes d’efficience, de performance et de simplicité de l’expérience utilisateur soient pris en compte dans la conception de ces sites. Les designs ou ergonomies basés sur l’état de l’art d’un PC ne produiront pas les effets attendus sur les mobiles. Les sites devront évoluer pour gérer correctement les mobiles ou bien disparaître.

Et en second que bien que le navigateur WEB soit au cœur de l’évolution et des progrès du web 1.0 puis du web 2.0, il va progressivement s’effacer. Le browser n’est qu’un des moteurs de rendu possible pour les données récupérés des services web. Et parce qu’il est un moteur de rendu générique, il fait inévitablement des compromis. Et ces compromis sont très – trop ? – visibles sur les petits écrans de nos mobiles. C’est pourquoi nous pouvons nous attendre à des applications ayant des interfaces non-navigateur (cf l’annonce de cette semaine de Sony Ericsson pour combiner la technologie Java avec le moteur de rendu Flash ou bien encore le service Yahoo Go Mobile !)

  1. les sites où les gens publient en ligne des journaux de pensées et autres rêveries []

un commentaire à “Convergence Web Mobile 2.0”

  1. Charles van Gorkum le 19/09/2008 à 15:09

    Cette analyse va dans le sens de ce que ChangingWorlds fait pour les opérateurs mobiles et finalement pour les utilisateurs finaux: proposer une expérience mobile personnalisée pour CHAQUE utilisateur, « poussant » uniquement du contenu PERTINENT et adapté aux intérêts et préférences de chacun. Ce contenu pertinent peut être des news, downloads, recommandations intelligentes ou … publicité qui n’est plus alors vu comme intrusive car apportant une vraie valeur à l’utilisateur car correspondant à ses centres d’intérets.
    « Mon » internet mobile est différent du votre car je suis différent.

    ChangingWorlds… serving a user-centric (mobile) world.